Les marchés de Sfax 




La redoute des alfas aux pieds des remparts.
(CPA Muzi. N°30 - Coll. Ch. Attard)




Vers la fin du XIXe siècle, la population locale s’approvisionnait dans divers marchés situés hors les murs de la ville arabe. Cette situation perdura au début du XXe siècle, jusqu’à ce que l’extension de la ville, avec en particulier l’urbanisation des nouveaux quartiers de Moulinville et de Picville, ne limite la place disponible.





Marché aux pieds des remparts.
(CPA LL n°38 - Coll. Ch. Attard




Les principaux marchés en plein vent indigènes se tenaient aux pieds des remparts du nord, de part et d’autre de Bab Djebli, dans une zone comprise entre les remparts et une voie de communication longeant de nombreux marabouts et le cimetière musulman. 
La présence d’un fondouk, sur la droite en sortant de la Médina par Bab Djebli, permettait de bivouaquer aux caravaniers, amenant diverses marchandises ou animaux en provenance de l’arrière pays, et repartant, après avoir réuni une autre cargaison, ou ayant estimé avoir terminé leurs transactions. Les animaux (dromadaires, mulets, ânes) attendaient à l’extérieur de l’enceinte du fondouk.





Bab Djebli, le Fondouk et l'emplacement des marchés de plein vent.
(Document Marcel Attard)




Le marché aux moutons


Le marché aux moutons.
(CPA LL n°41 - Coll. Ch. Attard)




Sur ces marchés, on pouvait trouver du bétail à la vente :
- des dromadaires, animaux robustes parfaitement adaptés à la vie des steppes, aptes au transport sur de grandes distances, et dont le lait était très nourrissant ; 
- des moutons, propriété des tribus nomades, animaux habitués à se nourrir d’une maigre végétation. La plupart étaient de race barbarine, possédant une large queue constituée d’une masse de graisse très prisée des autochtones, et donnant une viande de qualité.



 


Dromadaires chargés d'alfas.
(CAP CAD n°70 - Coll. Ch. Attard)




On pouvait aussi se fournir en alfa, végétal qui était cueilli dans l’arrière pays et acheminé à cette époque à dos de dromadaires jusqu’à Sfax. Avant la découverte de son possible emploi dans la fabrication d’un papier de qualité en 1864, l’alfa était essentiellement utilisé par les Tunisiens pour fabriquer des produits artisanaux. Les premiers dépôts d’alfa étaient situés entre les remparts de l’est et la côte, dans la zone où seront ultérieurement construits l’hôpital militaire, puis les infrastructures ferroviaires. Lors de la prise de Sfax, les défenseurs de la ville les utilisèrent comme abris de défense.





Le marché aux gargoulettes.
(CPA LL. n°35 - Coll. G. Bacquet)




Seul le marché aux gargoulettes se trouvait au sud, en face de la Casbah, à l’entrée de ce qui allait devenir le quartier de Picville, donc près de la mer. Selon leur taille les gargoulettes avaient plusieurs usages. Les plus grosses, enfouies dans le sol, servaient de réservoirs pour stocker les grains et l’huile. Celles de taille moyenne, pouvant être portées à dos d’homme, étaient utilisées pour le transport des liquides (huile, eau) sur de courtes distances. Les plus petites, une fois entourées d’une serpillière humide et exposées au soleil, pendant une durée adéquate, permettaient de rafraîchir suffisamment l’eau de boisson qu’elles contenaient. Les pêcheurs kerkenniens les utilisaient aussi comme pièges pour la capture des poulpes.





Le marché couvert 
(CPA ND Photo n°44 - Coll. G. Bacquet)




En venant du centre de la ville dite européenne, et juste avant d’arriver au marché couvert (superbe halle du type Baltard) construit en 1892 à l’initiative des Français, qui précédait celui des gargoulettes, se trouvait le marché aux céréales. C’était une construction en bois, ouverte aux quatre vents. 





Le marché aux grains.
(CPA Cliché Gaulis - Coll. Ch. Attard)




Avant la colonisation les populations locales ne cultivaient que de l’orge et du blé dur. Ce dernier leur servait à préparer la semoule ou des galettes de farine entière. Ces cultures n’étaient pas développées autour de Sfax. La fertilisation ultérieure des terres permit l’introduction de la culture de blés tendres. La vente de ces céréales se négociait alors dans ce marché construit, lui aussi, sous l’égide des Français.





Le marché central
(CPA EPA n°10 - Coll. G. Bacquet)




Avec le comblement du fond du petit chenal au début des années 1920, la construction du fonctionnel marché central, et le développement du tissu urbain, ces deux derniers marchés furent démolis, et les autres cessèrent peu à peu de fonctionner avec l’apparition des moyens de transport modernes (train, camions). 
Les dépôts d’alfa furent déplacés vers le bout de la plage Wiriot, côté mer, ou sur la langue de terre qui relia la terre ferme à l’îlot de " Madagascar " lors de l’extension de la zone d’activité portuaire qui en résulta.